Tag 1 · 6 Mai
Saint-Jean-Pied-de-Port – Roncevaux : la montée dont tout le monde parle
Au col de Lepoeder, une Coréenne m'a tendu une orange sans un mot. Je ne connaissais pas son nom, je ne l'ai jamais revue. C'est là que j'ai compris ce que voulait dire « Camino ».
J'ai dormi trois heures. La veille, à l'accueil des pèlerins de la rue de la Citadelle, une bénévole m'avait regardée longtemps avant de me tendre ma crédenciale, comme si elle jaugeait si j'allais tenir. Je ne le savais pas moi-même. À trente-quatre ans, c'était la première fois que je partais seule quelque part, et j'avais choisi de commencer par vingt-quatre kilomètres de montagne.
Départ à 6 h 40, lampe frontale, brouillard épais jusqu'à Honto. La route de Napoléon monte sans répit, mais elle n'est jamais dangereuse si l'on part tôt, avec de l'eau et sans orgueil. Au refuge d'Orisson, à huit kilomètres, j'ai bu le meilleur café au lait de tout le Camino en regardant deux Allemandes rire de leurs propres chaussettes trempées. On s'est retrouvées à Zubiri le lendemain ; on ne s'est plus quittées jusqu'à Pampelune.
La croix de Thibault et les vautours
Après la fontaine de Roland, on entre en Espagne sans s'en rendre compte, et les vautours planent si bas qu'on entend leurs ailes. Au col de Lepoeder, à 1 430 mètres, une Coréenne d'une soixantaine d'années m'a tendu une orange sans dire un mot, m'a souri et a repris sa marche. Je ne connaissais pas son nom et je ne l'ai jamais revue. J'ai pleuré en épluchant cette orange, sans savoir pourquoi. Aujourd'hui je sais : c'était la peur qui partait.
Roncevaux apparaît d'un coup dans les hêtres, énorme et gris. Conseil sérieux : réservez l'auberge de la collégiale la veille en mai, elle était complète à seize heures.
- Entfernung
- 24,2 km
- Stimmung
- Strahlend
- Übernachtet in:
- Auberge collégiale de Roncevaux